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SEXUALITE

Michel Cazenave:

La sexualité masculine, c'est toujours du bricolage

... les Romains auxquels je faisais allusion avaient réglé ce problème en posant que ce n'était pas le « génétique » qui entrait en ligne de compte, mais le pouvoir de la Loi. Réaction typiquement masculine ! En d'autres termes, à partir du moment où un enfant naissait dans le cadre contractuel du mariage, il était forcément le fils du père légal. Même si, de façon notoire, on savait bien le contraire... Aussi, de manière inconsciente, y a-t-il toujours chez un homme cette question angoissante : « Suis-je vraiment de ma lignée ? Suis-je le fils de mon père - ou d'un inconnu ? Suis-je le père de mes enfants ? »

Enfin, un dernier point, où Lacan vient à mon aide. Reprenant le modèle freudien, qui est parfaitement exact en ce domaine, Lacan fait bien ressortir en effet que la jouissance de l'homme se structure en tant que telle selon l'ordre de la castration. Cette jouissance est soumise à des limites qui lui permettent d'exister. Alors que la jouissance des femmes (et ici, Lacan se sépare assez radicalement de Freud), c'est de la « jouissance autre », hors castration, branchée sur un infini où n'intervient pas la coupure.

En fin de compte, Lacan l'a dit assez clairement : le véritable sujet du désir des femmes, c'est Dieu. Nous nous trouvons ici devant l'une des explications les plus profondes de cette autre terreur masculine qui traverse apparemment toute l'histoire de l'humanité : la terreur de la sexualité féminine. Bien au-delà de toute histoire personnelle, l'homme sait instinctivement que quelque chose, dans le sexe des femmes, le dépasse de toutes parts. D'où cette nouvelle question qui surgit : « Devant une telle puissance, est-ce que je ne vais pas disparaître ? Est-ce que je ne pas être détruit ? Vais-je pouvoir résister au contact de l'infini ? »

N. C. :

L'homme est-il condamné à ce sentiment de limitation ? Comment peut-il, lui aussi, rejoindre l'infini ?

Michel Cazenave :

Bien entendu, l'homme peut avoir accès, lui aussi, à cette « jouissance autre », au-delà de la castration symbolique. Comme le disait encore Lacan : « Il arrive même que des hommes soient aussi bien que les femmes... » Mais il faut alors que l'homme ait reconnu et assumé sa part féminine. Parce que c'est installé dans cette part féminine (ce que, comme jungien, j'appellerais quant à moi son anima), et seulement dans cette position, que la « jouissance autre » lui est possible. D'ailleurs, on s'aperçoit que, lorsqu'ils reconnaissent cette anima, les hommes, d'une façon apparemment paradoxale, voient disparaître leur peur de la sexualité féminine. Je dis « apparemment », car il y a là en fait une profonde logique en jeu : dans la position féminine, et dans la parenté de genre qui est ainsi annoncé, l'homme comprend, désire, aime - et éprouve cette fameuse « jouissance autre ». Mais il est vrai que, pour habiter cette position d'une manière harmonieuse et féconde, il faut avoir fait l'expérience toute intime d'un long et difficile processus psychique - dans ces lieux où la psyché et l'esprit se rencontrent et s'unissent.

« Au Moyen Age, bien avant que les physiologistes aient démontré que notre structure glandulaire confère à chacun de nous des éléments à la fois mâle et femelle, un dicton voulait que "chaque homme porte en lui une femme". Et c'est cet élément féminin dans chaque homme que j'ai appelé l'anima.

Cet aspect féminin est essentiellement une certaine façon, inférieure, qu'a l'homme de se rapporter à son entourage, qu'il cache aux autres tout autant qu'à lui-même. Même lorsque la personnalité visible d'un individu paraît normale, il se peut qu'il dissimule aux autres et à lui-même cette "femme qu'il porte en lui" et dont l'état est quelquefois déplorable. »

C.G. Jung « L'homme et ses symboles »

La Belle au Bois Dormant est le symbole de l’anima qui s’éveille par un baiser.

Seul le merveilleux permet d’échapper à une vision rationaliste et platement logique de l’univers. L’usage psychothérapeutique des contes de fées a été tellement apprécié par Desoille qu’il écrit:

«Cette Belle au Bois Dormant est une image qui sommeille dans le cœur de tout homme. Il faut la retrouver »

(La page facebookienne de la Psychanalyse Jungienne)

Tag(s) : #psychanalyse, #jung, #Michel Cazenave