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De nos jours, on a vite fait d’être traitée de “coincée”, voire de se considérer comme telle. Au risque de confondre saine pudeur et réel blocage. Petite mise au point pour comprendre la différence.

Pudeur, inhibition : comment faire le distinguo ?

Une vertu louable par le passé

La pudeur est largement tombée en désuétude, quand elle n’est pas purement et simplement tournée en dérision. Alors que, à l’époque de la reine Victoria, elle était considérée comme une vertu !

La preuve que ce sont bien des conventions d’ordre culturel qui délimitent son contour. Si l’ordre social s’est fait carcan durant les siècles du puritanisme, cherchant à réprimer tout ce qui relevait de la sexualité, aujourd’hui, la volonté de tout dire et de tout montrer semble devenue l’objet d’une surenchère permanente. Ce qui ne rend pas forcément plus simple notre rapport intime à la pudeur…

Une marque de respect

Depuis la nuit des temps, l’homme a cherché à se dissocier de l’animal en dissimulant sa nudité et l’exercice de ses fonctions naturelles. Il l’a payé au prix fort : celui de la honte ressentie lorsqu’on a vu quelque chose qu’on n’aurait pas dû voir ou montré quelque chose qu’on aurait dû cacher. Ne vit-on pas mieux une fois libéré de cet opprobre ?

Ce serait peut-être vrai si la pudeur relevait uniquement d’un code moral imposé par la collectivité. Mais elle joue également un rôle social. Elle induit une sorte de discrétion, qui empêche de dire ou de faire des choses susceptibles de gêner, une marque d’attention pour soi-même et pour l’autre qui assure le respect mutuel.

Un besoin dès l’enfance

La pudeur n’est pas un pur effet éducatif. Elle situe la frontière entre soi et l’autre, l’individuel et le collectif, préservant ainsi notre liberté de décider ce que l’on veut partager et avec qui, selon le degré d’ouverture que l’on peut assumer.

La preuve : les enfants très petits ont déjà des réflexes pudiques. Si Léo, 2 ans, refuse désormais que l’on place son pot dans le salon, de l’avis des psychologues, c’est un signe de bon développement psychique, qu’il est très important de respecter. Pas question de se moquer de lui si l’on veut qu’il ait une bonne estime de soi.

En créant une distance entre les êtres, la pudeur permet de se différencier et de prendre son autonomie ; elle définit un espace de sécurité à partir duquel on pourra sans crainte s’aventurer vers l’extérieur en choisissant quand, à qui et jusqu’où se livrer. C’est pourquoi il n’y a rien de malsain en soi à résister à la dictature contemporaine prônant la transparence et une forme d’exhibitionnisme.

Où commence l’inhibition ?

Qu’est-ce qui différencie alors l’autoprotection naturelle (pour ne pas se faire « bouffer ») de l’inhibition excessive ? « Il faut reconnaître si notre pudeur découle d’une valeur que l’on s’est choisie ou bien si elle est dictée par la peur », insiste Mireille Bonierbale, sexologue.

Tant qu’elle émane d’un système de valeurs, il n’y a aucun problème. En revanche, si l’on a plutôt envie de se laisser aller, mais que des interdits trop prégnants nous en empêchent, c’est signe d’un mal-être individuel.

Cette peur de se montrer, de « donner à voir » peut être liée à une religion qui véhicule la notion de saleté et de péché. Elle apparaît aussi quand l’enfant n’a pas eu d’intimité, vivant dans l’angoisse permanente d’être surpris par ses parents et, bien sûr, quand il a été victime d’abus sexuels ou même simplement exposé à une grossièreté extrême. Elle peut enfin résulter simplement d’un manque d’assurance et de confiance en soi.

Pudeur et érotisme font bon ménage

La pudeur n’est pas immuable, elle dépend aussi du contexte : on peut garder son soutien-gorge sur la plage quand les copains de son fils sont présents et pas un autre jour ; refuser de dévoiler sa vie privée au bureau et la confier sans tabou à sa meilleure amie ; se montrer beaucoup moins farouche avec tel amant plutôt qu’avec tel autre…

Pudeur et érotisme ne sont pas obligatoirement antinomiques, bien au contraire. Nos parties intimes ne sont pas seulement cachées parce qu’elles sont excitantes, l’inverse aussi est vrai : c’est parce qu’elles sont cachées qu’elles sont excitantes. C’est dans le jeu du « voilement » et du dévoilement que naissent fantasmes et désirs. Une « bonne » pudeur serait ainsi indispensable à l’érotisme.

De même, en amour, souvent, il faut du temps pour s’apprivoiser, s’approcher doucement ; alors que brutaliser ou choquer peut se révéler catastrophique. Ne nous y trompons pas, la pudeur n’est pas une valeur si désuète, ni forcément pathologique.

(Source Version Fémina)

Tag(s) : #femmes, #Sexualité, #Pudeur, #Inhibition, #Timidité, #connaissance de soi, #developpement personnel